Lilla Miss cinéma

 Age : 20 Inscrit le : 26 Mar 2007 Messages : 82 Localisation : paris
 | Sujet: La forêt de Mogari Mer 2 Jan - 16:45 | |
| Quatrième long métrage de fiction de la réalisatrice japonaise, Naomi Kawabe, sorti le 31 octobre 2007 en France et récompensé du grand prix du jury au festival de Cannes 2007, La forêt de Mogari est une longue poursuite aux fantômes. Le film a une construction basée sur le binôme : deux personnages, deux êtres chers disparus, deux parties distinctes, deux mondes (le réel et l’imaginaire mais aussi le visible et l’invisible) mais tout cela se côtoie parfaitement dans le cinéma de Kawabe par l’évocation des sentiments indicibles. Les deux protagonistes, affectés par la perte d’une personne chère et aimée, Shigeki, un pensionnaire d’une maison de retraite où travail Machiko en tant qu’aide-soignante, sont touchants par leur infirmité, tel deux êtres perdus dans la nature envahissante remplie de symboles et de métaphores. La première partie, place les personnages dans leur environnement, l’hospice pour personnes âgées au cœur de la nature, ainsi que la description, un peu trop flagrante, du point commun des protagonistes (la perte d’un être aimé). Mais tout autour, invisibles, planent des personnes absentes et regrettées ; sa femme pour Shigeki et son jeune fils pour Machiko. Malgré quelques maladresses tombant dans le pathos, comme la rencontre avec le mari de Machiko, où bien la visite du fantôme de la femme de Shigeki jouant un air de piano mélancolique, Naomi Kawabe, a su nous envoûtés dans son hymne à la nature. L’herbe tel un tapis de milles bêtes courantes ou la forêt, immensité qui ne rentre même pas dans la totalité du cadre, ou encore la personnification de l’arbre plus que centenaire qui tel un grand-père apaise ces âmes meurtries, tout ceci montre à quel point ce conte est remarquablement bien filmé. Notamment par les longs plans séquences qui sont caractérisés par des moments de tous les jours, Machiko sortant les poubelles des pensionnaires, partie de cache-cache, ou ce moine bouddhiste venu faire un discours sur l’existence des rapports entre les choses visible et invisible. Car c’est bien de cela que parle le dernier film de Naomi Kawabe, de l’ardente absence au cœur de la vie de chacun, qui est la manifestation du rapport à l’invisible. En deuxième partie de film, c’est la longue ascension à travers la nature dont le but n’est pas explicitement montré, est-ce réel ou bien imaginaire ? Shigeki, s’enfuit dans la forêt armé de son sac à dos qu’il garde presque obsessionnellement, sans savoir lui-même le but qu’il visait. Machiko, responsable pour la journée de ce dernier, n’a pas d’autre choix que de le suivre. La forêt, -personnifiée à maintes reprises, par exemple avec le vent qui semble être son souffle, où bien par cet arbre centenaire, imposant, tel le chef de la forêt-, devient alors l’objet central du film : tout d’abord terrifiante, les deux êtres sont perdus, fatigués, ont peur des bruits de pas inconnus. Puis petit à petit, prenant une place grandissante, elle est le reflet de leur sanglots et de leur désespoir : Machiko revit par un concours de circonstance, la perte de son enfant, où Shigeki rongé par le désespoir de ne plus pouvoir vivre sans sa femme, cours à travers la forêt jusqu’à l’épuisement, ou bien sauve un papillon pris dans une toile d’araignée. Et enfin de leur mélancolie, de leur joie de s’en sortir par ces chemins-là, d’avoir enfin trouvé un grand et silencieux repos spirituel –Shigeki danse avec le fantôme de sa compagne, ou bien il est allongé à même le sol après avoir creusé de ses ongles une fosse pour y reposer en paix près de la tombe de sa femme, ou encore Machiko découvrant ce que le sac du vieil homme contenait, la ramène adroitement à la fin de son deuil par quelques notes d’un piano mélancolique. Car en japonais Mogari, signifie « fin du deuil ». Dans leur pèlerinage, c’est sans cesse un contact indicible avec l’invisible et où plane le monde des fantômes que ces deux vivants veulent saisir. La fin du film qui rejoint l’étrange début auquel nous avons assisté ; des bûcherons coupant un arbre, d’où le rapport à la suite du film, puis sans lieu apparent, la rencontre d’une procession religieuse, d’où encore là, le symbole du culte et du deuil. De plus dans cet apaisement symétrique, les deux protagonistes ont entièrement effectués leur procession vers la fin d’un deuil par la reconnaissance de la souffrance de l’autre. Naomi Kawabe, étant plutôt une documentariste, a ici signé un film inspiré de ses précédentes œuvres : la caméra à l’épaule, suivant ses acteurs dans la marche où même la course, marque la continuité de l’enregistrement du réel ; sujet, qu’elle a de nombreuses fois étudiée dans ses autres fictions. Ce film est d’une rare beauté. Il montre tout d’abord la beauté de la nature. On prend enfin le temps de ne pas regarder mais bien de contempler des moments suspendus du temps. Naomi Kawabe nous réapprend à voir un film contemplatif sur la nature. Tel une petite boîte à musique remplis de souvenirs divers qui nous hantent, la réalisatrice ouvre une brèche entre le monde réel palpable et ce monde imaginaire invisible _________________ "le cinéma n'a pas besoin de vous, mais c'est bien vous qui avez besoin du cinéma" |
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